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Thierry Lentz, GEO magazine – Empoisonnement de Napoléon – Episode 1

Comment la Fondation Napoléon a essayé de détruire une thèse démontrée scientifiquement ?

Branle-bas de combat à bord de la Fondation Napoléon, « navire amiral » de la Napoléonie, à l’imminence du 5 mai, date anniversaire du décès de l’Empereur, qui permet à ces adversaires salariés d’une thèse scientifique démontrée de tenter une fois de plus de la ridiculiser pour mieux la détruire.

La thèse, c’est celle de son empoisonnement à l’arsenic pendant sa déportation à Sainte-Hélène, « refuge » maudit attribué par le gouvernement anglais à cet homme qu’il s’est acharné à détruire, avec l’active coopération des souverains européens, soudoyés à coup de millions de livres-or pour fournir l’indispensable « chair à canon ».

Nos lecteurs habituels connaissent bien cette thèse qui continue d’être très activement, férocement devrais-je écrire, combattue, par la Fondation Napoléon. Cette fois encore, il ne fait aucun doute qu’elle sera évoquée, mais elle le sera certainement de la manière habituelle :

sarcasme, dénégation, « intox » sans preuve ni argument, mais copieusement reprise par les « médias mainstream ». La routine !

Pour cette tâche, nos éminences font généralement appel à des « pointures » télévisuelles, comme Stéphane Bern, le sympathique animateur, royaliste grand teint, ce qui nous garantit une objectivité en béton, mais il a le grand talent de parler avec conviction d’un sujet dont il ne connaît rien. Ou si peu.

Stéphane Bern, Secrets d’Histoire

La presse écrite, elle aussi, se met généralement de la partie. On a même vu certains magazines, dans lesquels on n’eût pas soupçonné un intérêt pour l’histoire de Napoléon et le Premier Empire, se lancer dans la bataille.

Ainsi, le prestigieux magazine GEO, dont le nom dit bien la vocation, a proposé un article Mort de Napoléon, de rumeur en rumeur, et pour appâter le lecteur, une longue digression sur les causes de son décès, donc sur la réalité ou le phantasme « complotiste » sur son empoisonnement. L’article étant construit sur l’interview du seul directeur « général » de la Fondation Napoléon, Thierry Lentz, dont on connaît l’animosité quasi maladive envers cette thèse, le résultat fut conforme à mes attentes.

J’ai même appris que les Anglais et leurs Alliés avaient « contraint » (sic) Napoléon à l’exil [très bien choisi, ce mot, déportation, ça fait tache] suite à la « cuisante défaite » de Waterloo. Ne jamais oublier : « cuisante », la défaite ! Et, soudain, au détour d’une phase, la découverte de la vraie raison d’être de l’article :

Malgré ces nombreux diagnostics [!], une théorie continue d’agiter les conspirationnistes : celle de l’empoisonnement à l’arsenic.

Conspirationnistes ! Voilà le mot infamant lâché, qui, d’emblée, ridiculise ceux qui souscrivent à cette théorie, qui, d’ailleurs, n’en est plus une puisqu’elle a été scientifiquement démontrée. Ce qui n’est pas le cas des calembredaines poussives prônées par M. Lentz et ses affidés.

J’ai souhaité profiter de ce (triste) anniversaire pour évoquer la révoltante manipulation par laquelle la Fondation Napoléon, en la ridiculisant sans relâche, a réussi à faire en sorte que la thèse de l’empoisonnement de l’Empereur reste bien dissimulée au fond du caveau des Invalides sous les habits habituels dont on la vêt. Leur description viendra plus bas. Pas question de la montrer au grand public telle qu’en elle-même dans sa vérité.

Mais pourquoi ce silence épais, cette hargne méprisante ?

Parce que l’histoire du Premier Empire est prisonnière de la Fondation Napoléon, et que celle-ci, pour des raisons, disons occultes, s’oppose obstinément à ce que l’on évoque ce sujet.

La doxa en vigueur est donc celle que nous connaissons bien : l’Empereur est décédé d’un cancer de l’estomac. Une certitude essentiellement fondée sur son autopsie par un médecin, qui… n’était pas vraiment médecin, mais prosecteur, c’est-à-dire un individu « chargé de préparer des cadavres légués à la science qui vont être l’objet d’une étude, souvent universitaire, dans le domaine de la médecine ».

Mentionnons tout de même ce passage, apparemment oublié, d’une préface écrite par M. Marcel Dunan, de l’Institut, pour présenter les Cahiers de Sainte-Hélène, Janvier 1821-Mai 1821 du Grand Maréchal Bertrand, compagnon de déportation de Napoléon à Sainte-Hélène. Voici ce passage :

Le docteur Guy Godlewski [il fut président du Souvenir Napoléonien] nie la nocivité du climat et écarte par des arguments tirés du développement des tissus graisseux, l’idée d’une affection cancéreuse….

Flashback

Un petit retour en arrière ne sera pas inutile, car, n’en déplaise aux ricaneurs, tout avait plutôt bien commencé…

Après sa lecture, qualifiée « d’abusive » par Thierry Lentz (au fait, c’est quoi, une lecture abusive ?), des Mémoires de Marchand (le valet de Napoléon), le précurseur Sten Forshufvud, un stomatologue suédois qui avait fait des études de toxicologie dans une université française (celui que Jean Tulard appelle « l’infortuné dentiste »), avait cru discerner dans les symptômes décrits par Marchand, les signes d’une intoxication arsenicale. Voilà l’abus en question !

Après s’être procuré un cheveu de Napoléon auprès d’une personnalité incontestable du milieu napoléonien, bien connu de tous les enthousiastes de la période, le commandant Henry Lachouque, il avait confié la relique, pour analyse, au professeur Hamilton Smith, chef du Département de Médecine Légale à l’Université de Glasgow. En collaboration avec un laboratoire anglais de recherches nucléaires travaillant pour la Défense nationale, Hamilton Smith avait pu, par un bombardement neutronique, mettre en évidence la présence d’arsenic dans le cheveu.

Extrait de la lettre de Lachouque à Forshfvud, le 8 octobre 1960 :

« Mon cher Docteur, j’ai lu et relu votre magnifique travail qui m’a naturellement fort intéressé. Permettez-moi d’abord de vous féliciter de votre patiente étude, de votre érudition, de votre sens critique, de votre fidélité aux textes. Tout ceci forme un ensemble remarquable de qualités sans lesquelles l’historien s’apparente au romancier historique ».

Après une série de conseils pour lui permettre de donner tout son poids à la thèse développée, Lachouque terminait ainsi :

Il y aura quelques retouches à votre texte, mais c’est insignifiant. Je vois très bien ce qu’on peut faire et c’est très intéressant.

Il fallait bien qu’il y eût du vraisemblable dans les déductions du Suédois, car on imagine difficilement un personnage aussi strict que l’était le commandant Lachouque écrivant ces lignes à un charlatan. Et pourtant, Lachouque ne répondit pas à Forshufvud lorsque celui-ci lui demanda d’autres cheveux pour affiner ces premiers tests, et il ne lui donna plus aucune nouvelle. La chape de plomb venait de tomber.

Sa brusque volte-face après avoir eu connaissance des résultats positifs de l’analyse est – théoriquement – inexplicable. En fait, dès qu’il eut fait part de cette découverte aux instances dirigeantes du Souvenir Napoléonien, la Fondation n’existait pas encore, la consigne dut être passée de, surtout, ne rien faire. De ne rien dire. La campagne d’étouffement venait de débuter…

Lire l’épisode 2


1 – Documentaire de la Maison de production : CAPA / Matcha Prod / France Télévisions / Histoire TV. Réalisé par : Dominique Adt.


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8 réponses à “Thierry Lentz, GEO magazine – Empoisonnement de Napoléon – Episode 1”

  1. Avatar de Alexandre de Bothuri
    Alexandre de Bothuri

    Notre ami le regretté Ben Weider se basant sur les travaux du suédois avait publié aux éditions Pygmalion en 1999 Napoléon a-t-il été empoisonné, ouvrage sérieux préfacé par le Prince Napoléon qui lui attira les foudres des détracteurs de cette thèse malgré les évidences médico-légales … des analyses… Et on peut aussi se demander d’autre part si Joséphine n’a pas aussi été empoisonnée par le médecin à Rueil Malmaison à la solde de Louis XVIII et de son fils le Prince Eugène fils adoptif de l’Empereur qui représentaient un danger pour les Bonapartistes qui étaient encore en très grand nombre et que les Bourbons Louis XVIII puis Charles X craignaient…

    1. Avatar de Loïck Bouvier
      Loïck Bouvier

      Merci Alexandre de votre commentaire éclairé. En effet, nous sommes en droit également de nous poser la question au sujet de Joséphine. Il est surprenant qu’une femme si expérimentée se soit soudainement fragilisée à un moment crucial et en plein cœur du printemps, elle qui avait toujours réussi à esquiver la mort.

  2. Avatar de Mac71
    Mac71

    https://www.france.tv/france-5/science-grand-format/5902629-l-histoire-au-scalpel-napoleon-a-sainte-helene-le-dernier-acte.html

    Reportage qui a été diffusé le 3 mai dernier encore avec la présence de l’équipe de la Fondation et Mr Lentz. Bizarrement pas de jean Tulard.
    Philippe Charlier a obtenu l’autorisation de se rendre sur l’île de Sainte-Hélène pour y mener une enquête archéologique et scientifique. Archéologique et oui bizarre qu’ils n’ont pas été fouiller dans le cimetière pour retrouver Cipriani ils ont raté une belle occasion..
    Mais eureka découverte de quelques fragments de céramiques ce qui n’est pas une découverte en soi cela est connu depuis longtemps que des morceaux de vaisselle sont éparpillés autour de Longwood House.
    Conclusion oui il y a bien de l’arsenic dans cette enquête mais…. sur la peau de Napoléon. Pas un cheveux n’a été utilisé pour l’expérience. Certes à l’époque l’arsenic était utilisé pour obtenir la couleur verte que ce soit pour le papier peint ou des habits et des robes etc…Même que certaines personnes avaient des problèmes de peau. Les gens mourraient prématurément. Donc empoisonnent écarté. Même la baignoire a été analysée avec quelques fragments de celle-ci.
    Conclusion l’empereur est mort d’une hémorragie interne due à son soit disant cancer d’estomac. Comme plusieurs Bonaparte sont morts de cette maladie pourquoi chercher plus loin ? Pour ce qui est de Joséphine et d’Eugène je suis entièrement d’accord pour l’empoisonnement.
    Très bon article hâte
    à la deuxième partie.

  3. Avatar de Loïck Bouvier
    Loïck Bouvier

    Merci Marie-Andrée de votre commentaire au sujet de ce « documentaire » bien subventionné… N’étant pas un « scientifique », je pourrai apprendre à ce monsieur multitâches (médecin légiste, archéologue et anthropologue) qu’il existe différents types d’arsenic, notamment l’arsenite inorganique AS III, facile à obtenir comme poison pour lutter contre les rats et autres ravageurs, qu’il pourrait apprendre bien plus en écoutant assidûment le professeur Pascal Kintz, toxicologue français de renommée mondiale, découvreur de l’ASIII dans la medulla (moelle, couche interne de la tige pilaire) des cheveux de Napoléon (et non « sur »). Avec un peu de curiosité, monsieur Philippe Charlier pourrait découvrir que dans l’Histoire, l’empoisonnement, l’assassinat de chefs d’Etat sont des pratiques courantes et qu’il ne faudrait pas prendre ses spectateurs pour des gens naïfs sans instruction. Aussi, en se passant d’esclave, en creusant profondément cette terre, il aurait peut-être une chance d’y découvrir un trésor précieux pour l’être humain : l’humilité.

    1. Avatar de Mac71
      Mac71

      Merci Loïck vos commentaires sont toujours clairs et précis. J’ai eu la chance de rencontrer Ben Weider à Montréal il m’avait dit que c’était le pire crime de l’histoire et que tous le monde fermaient les yeux sur celui-ci. Philippe Charrier a dû avoir des consignes de la part de la Fondation des limites à ce que l’ont doit dire ou pas. Ça devient très grave d’être rendu à faire cela.

  4. Avatar de Alexandre de Bothuri
    Alexandre de Bothuri

    Les personnes de mauvaise foi sont allées à dire que les spécimens de cheveu avaient été contaminés par saupoudrage d’arsenic pour leur conservation… alors que les analyses de toxicologie étaient concluantes sur la théorie de l’empoisonnement… et on ne parle pas des domestiques morts empoisonnés à boire le vin du patron à Longwood… nous savons également que lorsqu’une personne est empoisonnée sur une longue période à de petites doses d’arsenic… leur corps est bien préservé lors de leur inhumation… dans les conditions climatiques à l’Ile Sainte Hélène assez hostiles… que le corps de Napoléon soit demeuré intact… laisse rêveur. Lors du Congrès de Vienne en 1815, le tsar Alexandre 1er s’est montré très hostile à Talleyrand royaliste traitre et à Louis XVIII… car il savait que sa douce amie Joséphine avait été supprimée par ce roi dégénéré qui ne l’oublions pas avait comploté contre son frère Louis XVI avec des pamphlets..

    1. Avatar de Loïck Bouvier
      Loïck Bouvier

      Puisque ce documentaire France 5, bien subventionné, voyage à Sainte-Hélène et fait intervenir un monsieur multitâches (médecin légiste, archéologue et anthropologue), c’est l’occasion de vous faire partager un extrait d’un texte réaction de Jean-Claude Damamme : « DE SOMBRES FANTÔMES PAR MILLIERS… les 6 000 et quelques prisonniers faits pendant la guerre des Boers au début du 20ème siècle, et morts ici, sont toujours bien présents. Mais ce ne sont pas eux qui vont attirer les foules, et il serait surprenant que la Gouverneure de l’île, Mrs. Lisa Philips, tienne à appeler l’attention des touristes sur ces sombres fantômes d’un passé peu glorieux, qui a vu la création, à l’instigation de Lord Kitchener, commandant en chef des troupes britanniques en Afrique du Sud, et de Lord Roberts, des premiers camps de concentration. À ce sujet, et puisque l’occasion m’est donnée d’évoquer un sujet hautement tabou, je recommande vivement à tous ceux qui voient en Napoléon le « précurseur d’Hitler » de rechercher le nom : Lizzie van Zyl »…

  5. Avatar de Jean-Claude Damamme
    Jean-Claude Damamme

    Bonjour à tous.
    Je vous remercie de l’hommage que vous rendez à Ben et de l’intérêt que vous portez à son œuvre. Il fut, pendant 15 ans, un ami personnel très proche. Tout au long de ces années, nous avons travaillé ensemble pour faire connaître, et plus difficile, accepter cette thèse qui lui doit tout. Il a enduré sans broncher les vilenies des « autorités » napoléoniennes, les Jean Tulard et autres Thierry Lentz, qui ne lui ont pas épargné leurs sarcasmes. Souvent, j’ai eu honte devant tant de bassesse. Et que dire de la presse qui a fait chorus avec les aboyeurs, en échange de…. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai été contacté par des médias, y compris étrangers, pour rien. Je me rappelle encore cette journaliste de la télévision d’État polonaise de Cracovie, à qui son directeur demanda d’interrompre son enquête afin de ne pas « s’immiscer dans les affaire politiques de la France » ! On m’a parfois reproché d’être « parano ». Une seule anecdote : un jour, je fus invité par le Souvenir Napoléonien de Belgique pour faire une conférence sur le sujet. Mais, pour ne pas perdre la précieuse subvention dispensée par La Fondation Napoléon, l’invitation me fut envoyée par une autre société historique, et, bien sûr, je ne suis jamais venu.
    Il nous faut donc féliciter et remercier Loïck d’avoir le cran de défier cette clique méprisable.