Comment la Fondation Napoléon a essayé de détruire une thèse démontrée scientifiquement ?
J’accuse !
Parce que la cause est juste, Émile Zola me pardonnera certainement de lui emprunter le titre de son article paru le 13 janvier 1898, dans le quotidien l’Aurore, en défense du capitaine Dreyfus.
Alors, oui, J’accuse la Fondation Napoléon et son directeur « général » d’avoir œuvré délibérément pour cacher au grand public une information de première importance dans l’histoire de l’Empire. Et sur la vie et la mort du personnage le plus grand de l’histoire de notre pays. Sans oublier que cet inadmissible comportement insulte aussi sa mémoire. Honte à ces manipulateurs hypocrites et nuisibles !
Une remarque en passant : si cette théorie était aussi grotesque que ces gens veulent nous le faire croire, pensez-vous qu’ils déploieraient autant d’énergie depuis des années pour la « planquer », la ridiculiser et la détruire ? Pensez-vous qu’à l’époque, le gouvernement anglais aurait dépensé quelque huit millions de livres par an, entretenu une garnison de quelque quatre mille hommes, soustrait une dizaine de vaisseaux de sa précieuse Royal Navy pour garder un souverain déchu et solitaire dont l’âme ne pouvait plus enflammer quiconque ?
Toujours péremptoire, Jean Tulard, celui que d’aucuns surnomment « le Pape de la Napoléonie », affirme qu’il ne voyait pas l’intérêt de supprimer un personnage qui n’était plus une menace pour personne (ceci figure dans le premier numéro que Science & Vie, acteur de la désinformation, avait consacré à cette affaire) :
À qui aurait profité le crime ? Napoléon ne représentait à l’époque guère plus de menace, ni pour les Anglais ni pour la monarchie française.
Son obligé, Thierry Lentz, bien sûr, fait chorus : « Avant sa mort, on est en pleine légende noire de Napoléon [c’est lui qui le dit]. Plus personne ne voulait de lui [c’est toujours lui qui le dit]. Alors, pourquoi le faire disparaître ? D’ailleurs, il est impossible que l’Empereur ait été empoisonné ».
Pourquoi ? Suivons encore une fois notre directeur-guide : selon lui, la déportation (ce vilain mot est de moi, évidemment) de Napoléon à Sainte-Hélène est un des moments les plus documentés de l’Histoire grâce à la multiplicité des archives françaises et anglaises.
Et voici sa conclusion :
Dans toute cette documentation, on n’a pas un commencement de preuve d’une tentative d’assassinat et notamment pas d’empoisonnement.
Il tombe effectivement sous le sens commun que quiconque envisage de faire un mauvais coup, qui plus est contre ce personnage hors du commun qu’est Napoléon, en fait préalablement la déclaration en bonne et due forme. Et par écrit, de préférence.
Cela me remet en mémoire l’exigence toute simple, peu de chose en vérité, formulée par lui lors d’une conférence à Strasbourg : Que lui faudrait-il donc pour qu’il accepte la thèse de l’empoisonnement de l’Empereur ? Que l’on m’apporte une lettre de Montholon [compagnon de déportation, ou un autre, qu’importe !] disant : “J’ai assassiné Napoléon”, et je le croirais.
Est-ce bien certain ? Qui sait s’il n’irait pas faire la tournée de certains médias accueillants, en s’interrogeant gravement sur l’authenticité du document ?

La rumeur, vecteur d’information
Après avoir bu ces paroles en se disant : « Bon sang, mais c’est bien sûr » (ça, c’est pour les cinéphiles), peut-être eût-il été bon que le grand public, souvent tenu pour un manant culturel par les détenteurs supposés du savoir, eût connaissance des deux citations reproduites ci-dessous. Elles n’appartiennent pas à ceux que les détracteurs daubent impitoyablement en les faisant passer pour des simplets conspirationnistes, mais à deux grandes personnalités de l’époque.
Tout d’abord, le Duc de Richelieu, Premier ministre de Louis XVIII :
« Ce rocher de Sainte-Hélène est un point sur lequel nous devons toujours avoir une lunette braquée. On a beau dire qu’il [Napoléon] a perdu tout crédit en France ; je veux le croire, mais je ne serais bien aise que nous en fissions l’épreuve. »

Puis, celle d’un homme plus connu comme l’auteur des inoubliables Mémoires d’outre-tombe que comme ministre des Relations extérieures, François-René de Chateaubriand :
« Si Napoléon, échappé aux mains de ses geôliers, se retirait aux États-Unis, ses regards attachés sur l’Océan suffiraient pour troubler les peuples de l’ancien monde. Sa seule présence sur le rivage américain de l’Atlantique forcerait l’Europe à camper sur le rivage opposé. »

N’oublions pas non plus qu’en ces temps de désert médiatique, les « nouvelles » étaient véhiculées par la rumeur, fût-elle la plus extravagante. Si l’on avait fait courir le bruit que Napoléon s’était jeté à l’eau pour regagner l’Europe à la nage, personne n’en eût douté, et l’alerte eût été donnée sur les côtes de France et d’Angleterre. Sauve qui peut ! Le tyran revient pour reprendre son trône !
La rumeur, entre autres, c’est cela : lorsqu’elle l’avait rencontré pour la première fois, la petite Betsy Balcombe, fille du représentant de la compagnie anglaise des Indes Orientales à Sainte-Hélène, avait été très étonnée et rassurée de constater que Napoléon n’avait pas, au milieu du front, cet œil unique trahissant le cyclope dont la propagande anglaise l’avait affublé.

Médiatisation inespérée
Cette affaire du poison tient beaucoup à cœur Thierry Lentz, gardien du Temple de la Napoléonie. Et il y tient tellement qu’il s’est exprimé à de nombreuses reprises sur le sujet avec un mépris, une hargne si exemplaire et si constante qu’elle force le respect… ou le dégoût.
L’article de GEO en est une illustration supplémentaire. Cela posé, j’ai eu l’impression que, lors de cette interview, notre ami était en petite forme, ce qui ne lui est guère habituel lorsqu’il s’exprime sur son idée fixe. Peut-être est-ce dû au fait que, question place, le magazine ne se soit guère montré généreux, une parcimonie qui nous a privés de ses envolées grandiloquentes ; mais nous a montré une indigence scientifique rare qui devrait l’inciter à plus de discrétion et de modestie.
Ainsi, n’ai-je pas retrouvé l’un de ses emportements magnifiques, dont la citation qui suit est un exemple éloquent :
« Ridicule ! clame Thierry Lentz [il répondait à un journaliste du quotidien Les Échos]. Le Suédois et le Canadien ont fini par donner à leurs élucubrations peintes aux couleurs de la science un écho tel que la rumeur d’empoisonnement est devenue une sorte de lieu commun […]. Nous devons les rejeter sans appel à la lumière des éléments historiques ».
Élucubrations peintes aux couleurs de la science ? Le Canadien, c’est Ben Weider, Président-fondateur de la Société napoléonienne internationale de Montréal, et le Suédois, c’est Sten Forshufvud, l’initiateur « maléfique », dont la « lecture abusive » des Mémoires du valet de chambre de Napoléon a marqué le début de cette thèse qui cause tant de tourments à notre plus constant adversaire.

En revanche, elle lui assure à bon compte une médiatisation inespérée qu’il n’aurait jamais obtenue sans cela. Qui, avant cette affaire, connaissait Thierry Lentz ? Et il ne dit même pas merci ? Goujat un jour, goujat toujours ! Rien de surprenant au fond.
Que peut-on attendre d’un personnage qui, pour massacrer un peu plus, et avec sa vulgarité ordinaire, la thèse de l’empoisonnement de Napoléon, appelle la crise du « Covid » à sa rescousse dans son petit torchon numérique 3 baptisé Le Ronchon du Vendredi (le Ronchon, c’est lui). C’est dire son désarroi :
Les idées pratiques du Ronchon, stockez des livres plutôt que du PQ. Certains romans et essais (par exemple sur l’empoisonnement de Napoléon) peuvent faire double emploi.
Ce crachat au visage de Ben Weider, mais également à celui des scientifiques qui ont travaillé sur cette affaire, est lâche et abject. Répugnant. Intolérable. Pauvre Napoléon, il n’a pas mérité cette boue !
Évidemment, on pourra toujours m’objecter que la toxicologie n’est pas son métier. Selon une formule populaire bien connue, le béton (comme le journalisme) « mène à tout, à condition d’en sortir ». Est-ce suffisant pour justifier des propos orduriers ?
En effet, juriste de formation, Thierry Lentz a exercé dans un département du groupe Bouygues, avant d’être parachuté sans préavis, en 2000, dans le fauteuil directorial de la Fondation Napoléon (il faut croire que la France n’avait plus d’historiens du Premier Empire !), ce qui devrait être une raison supplémentaire pour respecter ceux dont, justement, c’est le métier, comme les Pascal Kintz (ex-président de l’Association Internationale des Toxicologues de Médecine Légale) et autres Robert Wennig, ancien directeur du département de Toxicologie analytique de l’université du grand-duché du Luxembourg, qui ont conduit et réalisé les analyses.

Ces deux noms sont souvent cités lorsque l’on évoque la saga de cette lutte contre cette thèse de l’empoisonnement. Malgré une débauche (c’est bien le mot) de moyens, la richissime Fondation Napoléon qui a eu, disons-le pudiquement, un surprenant soutien inconditionnel de la grande presse, a débouché sur un fiasco retentissant. J’allais écrire humiliant ; soyons humain !
En effet, si la manœuvre a très bien fonctionné auprès de certains journalistes qui se sont faits les hérauts actifs (en échange de quoi ?) de l’antithèse, il en va autrement avec un public plus érudit sur le plan scientifique, les médecins, notamment.
Pour l’anecdote, aucun des nombreux journalistes qui ont écrit sur ce sujet n’a eu l’idée, élémentaire dans ce métier, de me contacter pour connaître l’envers du décor. J’ai même écrit à deux d’entre eux à titre personnel pour leur expliquer que la thèse de l’empoisonnement de Napoléon n’était pas la caricature qu’ils en faisaient, et qu’il y avait bien d’autres choses sérieuses à en dire.
Aucun ne m’a répondu.
À ce moment, j’ai compris qu’ils ne recherchaient pas la vérité, ni même, simplement, à exposer les arguments des deux parties. Ils étaient en mission, et ils ne faisaient que retranscrire les arguments mensongers de la Fondation Napoléon et de son directeur « général ». De simples porte-voix.
Une question : accepteriez-vous le verdict d’un tribunal ou d’une cour dont le président n’aurait donné la parole qu’à l’accusation ou à la défense ?
Vous hurleriez à la forfaiture, et vous auriez raison. C’est exactement ce qui s’est passé dans l’affaire évoquée ici.
1- Ce portrait du Duc de Richelieu a été commandé par le Prince régent (futur George IV), et peint en 1818 à Aix-la-Chapelle, puis est resté dans l’atelier du peintre Thomas Lawrence jusqu’à sa mort. Il est exposé à la Waterloo Chamber, au palais de Buckingham, avec la description Premier ministre de France au traité d’Aix-la-Chapelle. Le Duc de Richelieu était l’ami du tsar Alexandre de Russie, et l’avait servi durant son exil de 1803 à 1814.
2- Monsieur N est un film fiction sorti en 2003, réalisé par Antoine de Caunes. Scénario de René Manzor et Antoine de Caunes. Acteurs : Philippe Torreton, Richard E. Grant, Jay Rodan, Siobhan Hewlett, Elsa Zylberstein.
3- Sur le réseau social Méta

Une réponse à “Thierry Lentz, GEO magazine – Empoisonnement de Napoléon – Episode 2”
Pour ces pseudo-historiens mais pas des toxicologues, médecins… le corps médical qui défend la cause de l’empoisonnement fourmillent de complotistes ce qui veut dire ceux qui ont la vérité… Pourquoi l’empoisonnement de Napoléon Bonaparte, de la mort rapide de Joséphine son épouse, de son fils adoptif le Prince Eugène dérangent tant ces gens qui pensent avoir la science infuse et la vérité… Sont-ils des légitimistes, des complices des Anglais… ou simplement des jaloux racistes qui ne comprennent pas qu’un canadien, leur cousin d’Amérique avec l aide d’un suédois et d’autres éminents toxicologues aient découvert le pot aux roses… à méditer… Mais ces derniers ne se sentent ni coupable du régicide de Louis XVI et des meurtres de Marie Antoinette ou de Louis XVII ni coupable du génocide vendéen… car la République est une démocratie sous la bannière de Liberté, Égalité, Fraternité… Je pense en vérité qu’ils ne veulent pas que Napoléon ce petit Corse, l’Ogre de l’Europe devienne un martyr de collabos.. tout simplement… mais ce n est pas la première fois que l’histoire est manipulée… proche de nous.. l’affaire Pétain.. à suivre