Une image de Napoléon teinté de rouge et de noir ! Un Napoléon terrifiant ! Il fait führer !
En fait, cette image « faisait », car elle a fini par disparaître d’internet. Et pour le grand bien de la France. C’était la couverture de l’application payante Napoléon, the graphic novel, sortie en 2013 et disponible uniquement sur Apple Store. Aujourd’hui disparue – paix à son âme – les commanditaires étaient le magazine Historia et la maison d’édition Quelle Histoire.
À l’époque, j’étais le seul à réagir sur la planète Napoléonie. La célèbre Fondation Napoléon, elle, ronflait dans son placard parisien. Réaction qui m’avait valu un message des éditeurs qui ne comprenaient évidemment pas le sens de ma critique ou faisaient semblant de ne pas comprendre.
Ne pas oublier
Pour ceux qui n’étaient pas au courant ou qui viennent juste de débarquer, je ressors cette affaire des archives.
C’est toujours utile de montrer comment certains organismes transmettent l’Histoire au public. En effet, cette caricature fait désormais partie de l’Histoire, de l’histoire napoléonienne numérique. Il ne faut pas oublier.
Depuis l’avènement du numérique, nous sommes dans un océan où l’info est continue. Déjà dans les années 2000, au sein de la Direction interarmées des systèmes d’information, nous redoutions ce phénomène que l’on appelle : « infobésité ». Et nous croisions des affiches de prévention dans nos coursives.
Manger tellement d’informations comme se goinfrer de hamburgers ou de pizzas saturera la mémoire, et en conséquence, cela finit en mémoire sélective ou en amnésie.

Bien-sur, les réseaux sociaux sont plus qu’un outil de communication, ils sont aussi un outil d’influence. On en profite pour faire sa pub ou sa propagande, et pour la guerre de l’information, c’est un théâtre d’opération.
Sur un micro-blogging, ça n’a pas d’importance d’avoir plusieurs millions d’abonnés ou une centaine, l’information est jetable comme une cartouche de fusil. Et pour les influenceurs ou autres se déclarant « hussards sur la toile », l’info postée ou tirée sera perdue dans la masse, et surtout, sera oubliée dans une heure ou au mieux d’ici demain.
En revanche, sur Vox Napoléon, c’est toujours fascinant de remarquer que l’on peut découvrir une vérité aujourd’hui alors qu’elle a été publiée il y a des années.
Du sang (rouge) et un fond lugubre (noir)
La bande annonce de cette appli a, elle aussi, disparu.
Dans mes souvenirs, les scènes avaient deux couleurs dominantes : le rouge et le noir. Des scènes terrifiantes, lugubres presque comme un film d’horreur. À se demander si deux cornes et une queue fourchue n’allaient pas sortir du corps de l’Empereur, et avec de longues canines, il pourrait également être le vampire ou l’ogre et dire : “Ah ah ah, j’ai soif de sang !”
Aussi, l’affiche de cette appli faisait penser à celle du film La Chute d’Oliver Hirschbiegel, sorti en 2004.

Remarquez, le culte de la mort a sa clientèle et ça fait fureur, mais n’était-il pas absurde et outrageant de résumer Napoléon à des guerres ou à un dictateur germanique du XXe siècle ? Et d’avoir mis des canons et des fusils à la place du Code civil ?
Il y a deux siècles, les caricaturistes anglais firent fortune sans jamais avoir rencontré Napoléon 1er. Et leurs héritiers pouvaient, en 2013, jouir du soutien de la Fondation Napoléon.
Avec le temps, tout change
Ma critique de 2013 a fait son chemin, et les éditeurs de Quelle Histoire ont évolué dans le bon sens. Adieu la caricature sanguinaire, place désormais à une appli audio avec un Napoléon aux traits doux, façon Zelda, pour les enfants de 6 à 12 ans ! À trouver sur Play Store.
D’après les détails, cette appli a été : « validée par des historiens. Elle est racontée par des comédiens et est illustrée avec le plus grand soin et toujours à hauteur d’enfant ».
À signaler, quelques erreurs sur cette vidéo Quelle Histoire :
« La retraite de Russie 1812-1814 », FAUX, la Campagne de Russie se passe en 1812 !
« Le passage de la Bérézina en décembre », FAUX, le franchissement se fait du 26 au 29 novembre 1812. Et l’armée française n’a pas perdu 200,000 hommes à ce moment. La Bérézina est une bataille victorieuse qui a empêché l’armée russe de poursuivre l’armée française.
« La campagne d’Allemagne de 1813 est une vraie catastrophe, la France est envahie », ENCORE FAUX ! Il y a deux campagnes d’Allemagne. La première, celle de printemps a été remportée par l’armée française, avec les succès à la bataille de Lutzen et de Wurschen. La seconde campagne, en automne, se termine par deux batailles successives où Napoléon est maître à Leipzig, mais doit l’abandonner et se replier faute de munition.
