Rassurez-vous, le plan Q de Thierry Lentz n’est pas une opération QAnon 1 ou une opération militaire de 5e génération 2. Cet article est juste une réaction à une vidéo intitulée La première fois de Napoléon Bonaparte, animée par Thierry Lentz, le directeur « général » 3 de la Fondation Napoléon.
Et avant de commencer son narratif de deux minutes et quarante trois secondes, il nous informe très sérieusement : « À présent chers amis, je vous demande d’éloigner de cet écran TOUS les enfants de moins de 18 ans, car nous allons parler, non seulement des amours de Napoléon, mais nous allons aussi parler de sa première fois. »
Ah… nous y voilà, celui qui règne en maître absolu dans les librairies, au rayon Premier Empire, veut s’adresser exclusivement à un public adulte, sur un sujet qui, visiblement, l’intéresse particulièrement. Vous l’aurez deviné, c’est le fameux premier plan Q de… Napoléon. L’emploi de cette 17e lettre de l’alphabet, c’est pour rire un peu de sa démonstration, car autant être direct, sans passer par des discours ronflants et alambiqués. Au passage, il semble que les enfants possèdent, de nos jours, des téléphones mobiles, et leur interdire de regarder une vidéo sur Youtube serait bien difficile.
Durex lex sed Lentz 4
Thierry Lentz aborde donc le premier rapport sexuel de Napoléon, attention, c’est précis comme une montre suisse : « Nous sommes très exactement renseignés sur le lieu, quasiment l’heure, et la personne avec laquelle cela s’est passé »… « C’est une date très importante dans l’histoire napoléonienne, l’affaire a eu lieu le 22 novembre 1787… Il rencontra une jeune femme… qui pratiquait ce qu’on appelle le plus vieux métier du monde ».
[Le premier plan Q de… Napoléon] Une date très importante dans l’histoire napoléonienne ? On croit rêver. 25 ans à s’accrocher comme une moule au trône de la Fondation Napoléon pour nous pondre cette phrase extraordinaire.
En effet, au soir du 22 novembre 1787, en rentrant du Théâtre des Italiens, Napoléon traversa les jardins et les arcades du Palais Royal, rencontra une femme originaire de Nantes, et l’entraîna dans sa chambre à l’hôtel de Cherbourg, rue du Four-Saint-Honoré (aujourd’hui rue Vauvilliers, 1er arrondissement, Paris). Ces informations viennent du texte écrit par Napoléon lui-même.
Et Thierry Lentz conclut sa vidéo par : « Nous pouvons imaginer que, ce jour-là, le lieutenant Bonaparte a probablement passé une très bonne soirée ».
Très bien ! Nous aussi, nous pourrions imaginer le directeur « général » de la Fondation Napoléon passer un très bon moment avec ses coordinatrices, pour le montage de sa vidéo évidemment, pas autre chose.
Remarquons qu’il a pris soin de ne pas employer les mots « sexe » et « prostituée ». Étonnant. Serait-ce pour lui des mots tabous ? « Je sais être distingué », répondrait-il, lui qui n’hésite pas à partager ses frasques à ses abonnés, en exemple, un de ses posts pendant le confinement COVID : « Les idées pratiques du Ronchon [il se surnomme], stockez des livres plutôt que du PQ. Certains romans et essais (par exemple sur l’empoisonnement de Napoléon) peuvent faire double emploi ».
… La grande classe !
Alors, puisque la date de cette « affaire » est si importante [pour lui], une suggestion : qu’il « date » ou qu’il débatte avec Virginie Girod, historienne et chroniqueuse spécialiste de l’Histoire des femmes et de la sexualité ! Peut-être lui donnera-t-elle un petit coup de main chez Gleeden5, ah, ah.

Déjà vu 6
Depuis les années 2000, les émissions culturelles sont envahies de « folles » et de « sergent Garcia », n’est-ce pas ? Même en Napoléonie, il y en a ! Et ils seraient, d’après eux, les mieux placés pour nous expliquer les secrets de la guerre et de l’alcôve. Tant qu’ils (ou elles) se cantonnent à leur banquet pour bavarder, ce n’est pas un problème, mais lorsque ces adeptes du lupanar se targuent d’être les représentants sur Terre de Napoléon – qui, lui, a risqué sa vie pour les intérêts de la France en crapahutant sur toute l’Europe – là, cela en devient un, et c’est insupportable !
Rappelez-vous de cette émission Secrets d’Histoire, financée par vos impôts, où le présentateur vedette visite le patrimoine tel un furet, oreilles dressées à la moindre anecdote salace, œil alléché par chaque trou de serrure et accompagné d’intervenants venus « vulgariser » l’Histoire de France.
Pour les nouveaux qui débarquent, voici un petit échantillon du langage employé par ces « vulgarisateurs » pour décrire Napoléon 1er :
« Chez Napoléon, la passion amoureuse est associée au plaisir de faire la guerre, autant il aime Joséphine, autant il aime faire la guerre, ces deux passions se mélangent. »
« Rien ne peut lui résister, ni ses ennemis, ni les femmes. Fou d’amour pour une comtesse polonaise, il n’hésite pas à la violer. »
« Marie Walewska s’évanouit et Napoléon la viole… c’est un viol, ni plus, ni moins. »
« Napoléon n’était pas franchement admirablement équipé génitalement parlant… cette atrophie sexuelle… il courait la gueuse sans arrêt. »
… Toujours la grande classe !
Cette émission, finement orchestrée, participe au plan d’érosion de notre icône nationale, et à ce que la jeunesse ne rêve plus aux glorieux guerriers de l’Empire… remplacés par les Super Heroes d’Hollywood.

Fin de la plaisanterie !
Thierry Lentz fera-t-il une suite ? La première fois des autres souverains européens de l’époque ? Les deux George d’Angleterre, Ferdinand d’Espagne, François d’Autriche, Alexandre de Russie, Frédéric-Guillaume III de Prusse ? Non ! Car qui commande Thierry Lentz ? Ah… bonne question !
De son trône, le directeur « général » de la Fondation Napoléon se déshonore, une fois de plus, en se focalisant sur l’intimité très privée de Napoléon.
Dans leur ennui maladif, les commères fantasment sur les hommes supérieurs, sur les hommes vertueux, sur les bâtisseurs de notre civilisation. Ils rêvent secrètement de les atteindre, de les toucher, mais dépourvus de l’armature morale et physique, ils éprouvent le besoin de les salir et de les rabaisser à leur niveau de médiocrité. Jamais ils n’ont risqué leur vie pour le peuple et la nation, et quand les guerriers défilent en pleine lumière, ils rasent les murs.
L’ennui gangrène les tours parisiennes, et cet ennui accouche d’une myriade de commères. LB
1- QAnon est un ou plusieurs individus qui informent anonymement sur les réseaux sociaux sur divers sujets, notamment sur l’affaire Pizzagate etc.
2- La guerre de cinquième génération (5GW) est une guerre menée principalement par des actions militaires non cinétiques, telles que l’ingénierie sociale, la désinformation, les cyberattaques etc.
3- Selon Wikipédia, Thierry Lentz était, d’octobre 1988 à juin 2000, directeur de communication du groupe Saur (aménagement urbain et rural, secteur de l’eau ou traitement des eaux), à l’époque filiale du groupe Bouygues. Dès le 4 juillet 2000, dans la foulée, il est propulsé directeur de la Fondation Napoléon. Dans des interviews récentes, il précise être directeur « général ».
4- Jeu de mots avec Dura lex sed lex, expression latine qui signifie La loi est dure mais c’est la loi.
5- Gleeden est un site de rencontres extra-conjugales conseillé par Virginie Girod.
6- Déjà vu est une expression employée dans le film Matrix, version anglophone.
