Comment la Fondation Napoléon a essayé de détruire une thèse démontrée scientifiquement ?
Après les révélations du toxicologue Pascal Kintz, les réactions n’ont pas tardé…
En janvier 2007, une « étude » de la revue scientifique Nature.com – Clinical Practice Gastroenterology and Hepatology établissait en substance que : « Napoléon était (évidemment) décédé d’un cancer de l’estomac ».
Point important à souligner : cette étude en question avait été réalisée sur proposition d’un médecin, le docteur Jean-François Lemaire 1, membre… du Souvenir Napoléonien, et adversaire acharné de la thèse de l’empoisonnement. Et on pouvait lire que : « les théories fantaisistes d’un empoisonnement de Napoléon à l’arsenic étaient maintenant largement discréditées ».
À signaler : à aucun endroit de cette « étude », les travaux du Pr. Wennig et du Dr Pascal Kintz ne faisaient l’objet de la plus petite mention.

Théorie loufoque
On tenta même de faire croire au grand public, par la dépêche de l’Agence France Presse citant d’autres « chercheurs » suisses, que l’arsenic présent dans les cheveux de Napoléon s’expliquait par la « coutume des vignerons de l’époque de nettoyer leurs tonneaux et leurs cuves avec de l’arsenic » – donc, de la mort-aux-rats – et les mêmes appuyaient leurs certitudes sur le fait que Napoléon était un « grand amateur de vin » !
Napoléon, grand amateur de vin ! Une absurdité que ne manqueront pas de relever tous ceux qui connaissent bien les habitudes « gastronomiques » (?) de l’Empereur !
Quant à nettoyer les futailles faites de bois poreux avec un poison mortel… C’est à se demander comment on peut oser transmettre une information aussi débile à une grande agence de presse, et comment celle-ci peut la recevoir et la relayer sans ciller, mais nos adversaires osent tout.
Bien qu’il me parût « bouffon », je m’informai auprès de professionnels réputés sur la manière dont les vignerons du XIXe siècle nettoyaient leurs tonneaux. Leur réponse – elle date du 23 janvier 2007 – fut limpide et simple, trop sans doute pour qu’il vînt à l’esprit de nos amis de vérifier par eux-mêmes. Je la transcris ci-dessous mot pour mot :
« Avec de l’eau claire tout simplement et de lourdes chaînes pour racler les parois internes. Ce travail étant fait manuellement, cela nécessitait et nécessite encore de gros efforts et de beaux biscottos. Aujourd’hui, le jet de sable à haute pression avec de l’eau existe mais tous ne l’utilisent pas. »

Un autre membre de la Fondation Napoléon est même allé jusqu’à affirmer que :
« La présence d’arsenic dans les cheveux de Napoléon provenait de l’eau de la baignoire, l’Empereur y restait parfois des heures qui se chargeait du toxique exhalé par le métal de la cuve au contact de l’eau, et passait dans le sang, puis dans les cheveux par… capillarité ! »
Dans la même veine, il faut mentionner ce grand moment de radio. Une réponse apportée par feu André Castelot 2 à Patrice Gélinet, responsable de l’émission 2 000 Ans d’Histoire sur France Inter, qui lui demandait ce qu’il pensait de la thèse de l’empoisonnement. Cela se passait le 14 juin 2000, soit, comme par hasard, un peu plus d’un mois après la présentation, au Sénat des résultats des premières analyses, celles du FBI. Simple coïncidence, il va de soi.
Comme on peut aisément s’en douter, André Castelot avait répondu que, bien évidemment, il n’y croyait absolument pas, et pour asseoir son propos, il avait produit un argument d’une telle portée scientifique qu’il serait présomptueux de notre part de le discuter ici :
« L’arsenic, il y en partout ! Il y en a même, cher ami, dans cette table qui nous sépare. »
Kintz et Wennig peuvent aller se rhabiller !
Le roi des poisons
Il convient de préciser de quoi il est question. D’arsenic, le vrai, pas l’organique qui se trouve, entre autres, dans les crustacés, et qui est éliminé par les fonctions naturelles. Non, il s’agit du « roi des poison, le poison des rois ».
Nous parlons ici d’une variété du poison connue sous le nom de « mort-aux-rats ». En effet, ces rongeurs voraces infestaient Longwood 3, un lieu qui n’avait alors rien à voir avec le cottage pimpant que l’on exhibe aux touristes. Ces touristes qui repartent émus, certainement de la magnanimité du gouvernement anglais d’avoir si bien logé ce personnage censé avoir saigné la France à blanc, et avoir ravagé une Europe bien paisible et pacifique.

Sans préjudice des propos offensants tenus contre « le Canadien », des inepties de ce diamètre, je pourrais en citer des dizaines. Et ce sont les « empoisonnistes » que ces gens font passer pour des affabulateurs débiles en mal de publicité ! Devant tant d’écœurantes bassesses, je ne parviens pas à m’amuser de leurs propos, grotesques à force d’être malveillants et pathétiques.
On conçoit aisément que, face à des scientifiques et experts judiciaires de la trempe de Kintz et Wennig, devant le risque élevé de passer, lui aussi, pour un charlot, le directeur de la Fondation Napoléon n’a pas eu d’autre option que de faire régner par tous les moyens, même les plus bas, une longue habitude chez lui, une implacable loi du silence.
Elle est scrupuleusement respectée par la presse française, qui, dans certaines affaires, fait preuve d’une discrétion sans faille. D’autres utilisent le vocable désobligeant de servilité. Pas question donc de mentionner ces résultats obtenus par les deux scientifiques sinon, les images existant, les fumisteries de M. Lentz auraient pris un sérieux coup sous la ligne de flottaison. Il n’en a d’ailleurs jamais fait état. Brièvement exprimé, ces résultats n’existaient pas. La déontologie historique ? Ce n’est pas le genre de la maison.
Puisque j’ai évoqué le NanoSIMS précédemment, puis-je suggérer à Pauline Boulet, la journaliste web de GEO magazine qui a interviewé Thierry Lentz, d’aller regarder de près cette machine qui alimente la « théorie qui continue d’agiter les « conspirationistes » ? Peut-être même pourra-t-elle s’entretenir avec le « conspirateur » qui la fait tourner ! Sinon, faute de temps, une visite sur Wikipedia fera l’affaire.
Hypothèses interchangeables
Alors que, depuis les années 60, les « empoisonnistes » sont restés stoïquement accrochés à leur thèse, le gardien du Temple napoléonien [Thierry Lentz] n’a pas cessé, lui, d’émettre des hypothèses, interchangeables, et passablement ridicules.
Ainsi, nous l’avons connu se faire le champion de l’officiel cancer héréditaire. Je rappelle que les cancérologues les plus éminents, comme le professeur Lucien Israel, dénient à la maladie ce caractère héréditaire.
Puis il a mis sur le compte du papier peint, de la colle et autres émanations du poêle de Longwood, les traces d’arsenic relevées par les toxicologues dans les cheveux de l’Empereur, qui, étrangement, fut la seule victime de ces agents exterminateurs !
On l’a même entendu, à l’occasion d’une exposition à São Paulo, délivrer un diagnostic particulièrement hardi et novateur :
« Napoléon n’est pas mort empoisonné. Il était tuberculeux, il avait un ulcère et surtout, il s’ennuyait. Il est mort d’ennui et de chagrin. »
Vous avez dit « loufoque » ?
À cet endroit, je ne résiste pas au plaisir de copier-coller un extrait de la 4ème page de couverture du chef d’œuvre La Mort de Napoléon, Mythes, Légendes et Mystères :
« Face aux approximations ou aux délires sensationnalistes, Thierry Lentz et Jacques Macé rétablissent avec une saine tonicité et toute la rigueur de l’historien, la vérité, rien que la vérité ! »
Un instant, j’ai cru lire « saine toxicité » ! Baratin pompeux pour une séance de bourrage de crâne à 10,95 €. De toute façon, on se demande bien pourquoi ce malheureux se donne autant de mal pour combattre cette thèse « empoisonniste », puisqu’il, je le cite, « se moque de savoir si Napoléon a été empoisonné ou pas, car il s’agit d’un phénomène secondaire ! »
Il ose ! Mais nous le savions déjà.
Un bilan honteux
Malhonnêteté, mensonge, diffamation, manigances, absence totale d’éthique…
Efficace, sans doute, mais du sale boulot. Au vu de ce qui précède, je pense que l’on peut, sans hésitation, parler d’un bilan accablant, honteux, pour la Fondation. Je n’ose même pas écrire « Fondation Napoléon ».
Passé le 5 mai 4, vous allez pouvoir, messieurs, mettre au ralenti vos PME d’écriture, et prendre un repos que vous aurez bien mérité. Cependant, ne vous endormez pas sur vos lauriers, n’oubliez pas de préparer la relève !
Rendez-vous donc en 2121 pour le tricentenaire de la mort de l’Empereur.
1- Jean-François Lemaire fut un docteur en médecine. Sa thèse sur Les blessés dans les armées napoléoniennes a reçu le prix Premier Empire de la Fondation Napoléon en 1999. Il décéda à 92 ans, le 3 septembre 2021.
Sur le site de l’Académie des sciences morales et politiques, on y lit ceci : « Il mit fin – par la précision de ses démonstrations – au serpent de mer de l’empoisonnement de Napoléon à Sainte-Hélène. Le corps de l’Empereur ne portait aucun des signes les plus manifestes de ce type de décès. On trouvait déjà de l’arsenic dans des mèches de cheveux de l’Empereur coupées en 1805 ! L’empoisonneur était peu doué pour avoir un résultat : plus de quinze ans s’étaient écoulés ; Les Borgia ne l’auraient pas gardé aussi longtemps à leur service. La polémique ne survécut pas à l’humour caustique du docteur Lemaire ». Lire plus.
2- André Georges René Marie Storms, dit André Castelot, né le 23 janvier 1911 à Anvers et mort le 18 juillet 2004 à Neuilly-sur-Seine, fut un historien, journaliste, biographe et scénariste français. Auteur de nombreux livres consacrés à l’Histoire. Il travailla durant l’Occupation pour des périodiques collaborationnistes, ce qui lui valut à la Libération quelques mois de prison et d’interdiction de publier. Source Wikipédia.
3- Longwood House est la dernière résidence de Napoléon 1er, déporté sur l’île de Sainte-Hélène, du 10 décembre 1815 au 5 mai 1821, jour de sa mort. Cette propriété, avec la vallée du Tombeau et le pavillon des Briars, constituent aujourd’hui les domaines français de Sainte-Hélène.
4- Napoléon 1er est mort le 5 mai, et de nombreux articles, émissions, et documentaires sont diffusés à cette date.

Achetez un café ou plus à Vox Napoléon
