Thierry_Lentz-Magazine Géo

Thierry Lentz, GEO magazine – Empoisonnement de Napoléon – Episode 3

Comment la Fondation Napoléon a essayé de détruire une thèse démontrée scientifiquement ?

La coterie de la Fondation Napoléon, et en particulier, son directeur, a toujours présenté cette thèse d’un empoisonnement criminel de Napoléon comme le fruit du délire d’un individu, Ben Weider en l’occurrence, « qui échafaude des intrigues politico-romanesques censées expliquer le meurtre de Napoléon ».

Parfois, il m’arrive de relire tous les dossiers qui avaient été préparés et publiés par la Société Napoléonienne Internationale de Montréal 1. Lorsque je (re)prends connaissance de la haute tenue scientifique des analyses effectuées par les personnalités indiscutables nommées dans le cours du texte, lorsque je les compare aux arguments malséants et minables avec lesquels Thierry Lentz et autres tentent de les discréditer avec – et cela est très grave – la complicité active de certains journalistes – et lorsque je me souviens enfin de l’implication enthousiaste et désintéressée de mon ami Ben, et des sarcasmes dont il a été gratifié, un seul mot me vient à l’esprit : écœurant.

J’aurais honte de tenir pareille conduite. Mépris épais, mépris gluant, mépris hargneux envers un homme de bien, admirateur sincère et dévoué de Napoléon. Pas un commercial vendant un produit.

Cas d’école de désinformation

Comment un pays comme la France, qui se targue de prôner la liberté d’expression, peut-il tolérer que se perpétuent cette honteuse loi du silence, ces mensonges institutionnalisés et imposés, et ce bourrage de crâne éhonté ?

Il s’agit là d’un exemplaire et scandaleux cas d’école qui montre un petit groupe de personnages sans scrupules (historiques), regroupés au sein d’une « institution » sans autre pouvoir que celui qu’elle s’octroie, faire main basse sur la plus flamboyante période de l’histoire de la France, et sur son plus illustre souverain, et clouer le bec à ceux qui refusent d’entrer dans leur jeu. Quant au grand public, il n’a même pas la possibilité d’avoir accès à une autre version, afin de se faire sa propre opinion sur le cas. Il n’a d’autre droit que de boire les paroles saintes jusqu’à la lie.

J’ai écrit précédemment le mot : fiasco. Il se justifie pleinement, car la manœuvre de discrédit a échoué auprès d’un public scientifique et sans a priori. Ainsi, tous les médecins que je connais : généralistes ou spécialistes (cardiologues, angiologues, pneumologues…), au seul nom de Napoléon, m’ont dit spontanément : « Napoléon ? Mais il a été empoisonné ! »

Des complotistes, pour sûr !

Une de mes relations, docteure en pharmacie, m’a expliqué que, lorsqu’elle faisait ses études à la Faculté, le professeur chargé du cours de toxicologie et de son application en matière criminelle citait toujours Napoléon comme exemple d’un empoisonnement à l’arsenic. Cette dame étant maintenant très âgée, son anecdote montre bien qu’à cette époque la parole était libre sur ce sujet. La bande qui règne aujourd’hui n’avait pas encore lancé et réussi son OPA (offre publique d’achat) sur le Premier Empire.

Autre témoignage, une jeune infirmière m’a expliqué que cette théorie de l’empoisonnement de Napoléon ne lui était pas inconnue. Elle l’avait découverte pendant ses études.

Alors, toutes les deux, et leurs professeurs respectifs, des « empoisonnistes complotistes » ?

Dernier exemple qui montrera combien ce sujet est tabou et ne doit être abordé qu’avec des pincettes : un médecin, fervent napoléonien qui exerçait dans une station balnéaire réputée, avait eu le mauvais goût d’écrire un article pour un quotidien local dans lequel il faisait part de sa conviction du bien-fondé de la thèse de l’empoisonnement. Que n’avait-il pas fait ! Un jour qu’il se trouvait à la poste dudit lieu, il fut violemment pris à partie devant un public médusé par un quidam qui lui reprocha avec véhémence d’avoir écrit cet article. Le quidam en question était un membre éminent du Souvenir Napoléonien 2.

C’est à dessein que je n’ai pas donné les noms que je connais évidemment. Commentaire superflu. Au lieu de cracher leur mépris, ces praticiens, qui sont habitués à lire, à interpréter et à comprendre des résultats d’analyses, ont simplement eu l’intelligence d’en prendre connaissance. Et de se faire une opinion par eux-mêmes, sans en référer à la Fondation Napoléon.

En revanche, le grand public, lui, était infiniment plus difficile à atteindre du fait de la mainmise dictatoriale de la Fondation Napoléon sur les médias. Nourri au biberon frelaté de M. Lentz et de ses affidés, il n’a pas eu accès aux vrais résultats. Donc la manœuvre tordue de l’adversaire a beaucoup mieux fonctionné.

Mécanique de destruction

Classique, la technique de destruction par ridiculisation via la presse est élémentaire, mais très au point. Et efficace.

On a commencé par présenter l’acteur principal, Ben Weider, comme un guignol, amateur de « serpents de mer » (interview de Jean Tulard, Le Figaro), et « d’intrigues politico-romanesques » (vilenie de Gwendal Audran, journaliste de L’Express). De ce même journaliste : « En 1998, la Fondation Ben Weider verse 1,250,000 dollars à la Florida State University. La chaire d’histoire de la Révolution française et de l’Empire, conduite par le professeur Donald Howard devient la Ben Weider Eminent Scholar Chair in Napoleonic History. » 3

Tous les mécènes donnent leur nom à la fondation qu’ils permettent de créer en la finançant. Pourquoi faudrait-il dénier ce droit précisément à celui-ci ?

Et voici le coup de pied de l’âne : « Une générosité qui explique peut-être l’appui de Howard à la thèse de l’empoisonnement ».

Phrase vicieuse, qui sous-entend tout simplement que le Québécois a acheté, à coups de millions de dollars, l’intégrité d’un professeur d’université américain afin que celui-ci lui apporte sa caution d’historien ! Cette hypothèse, on s’en serait douté, parut tout à fait plausible à M. Jean Tulard comme le démontre cette citation :

Jean Tulard, spécialiste français de la période s’en amuse [!!] : « Je ne jette pas la pierre à mon collègue, le Pr. Howard. Je serais très heureux de bénéficier de tels moyens [et les millions de la Fondation Napoléon ?]. Il reste que je ne peux, en tant qu’historien sérieux, soutenir cette thèse que l’autopsie de la dépouille infirme ».

Pourront–ils tomber encore plus bas ?

Cette fois, dans les pages de GEO, sans doute faute de place, on compte un peu moins de sarcasmes stupides qu’à l’accoutumée sur les « empoisonnistes ».

Ce barbarisme parle, par lui-même, sur la « poudre de perlimpinpin » qui désigne l’arsenic, et sur la thèse « qui repose sur du vent », expressions entendues dans l’émission Enfin de vrais débats sur la chaîne Russia Today France animée par Frédéric Taddeï 4.

Pour l’anecdote, notons que celui-ci est l’inventeur d’un concept original, celui du débat à interlocuteur unique : ainsi, l’invité Thierry Lentz était seul pour répondre aux questions obséquieuses de l’animateur qui l’interrogeait sur ces « théories souvent farfelues ». Et voilà leurs millions de spectateurs endoctrinés et abusés. Efficace et sans danger.

L’empoisonnement de Napoléon : débat à l’interlocuteur unique

L’arsenic comme remontant

Autre grand classique par lequel Thierry Lentz ambitionnait de porter un coup fatal :

« Au XIXe siècle, il était d’usage de s’offrir des boucles de cheveux. Des analyses ont donc pu être effectuées sur des mèches de cheveux de Napoléon à plusieurs âges de sa vie, ainsi que des cheveux de sa mère, ses sœurs, son fils. Toutes révèlent des doses d’arsenic semblables ».

Il n’y aurait donc rien de mystérieux, encore moins de criminel dans la présence du toxique dans les cheveux de l’Empereur.

Clap, clap, clap ! Élémentaire. Lumineux.

Ce directeur de la Fondation Napoléon, seule détentrice de LA parole sacrée, fait passer les « empoisonnistes » pour des rigolos, des charlots, accrochés à leurs théories loufoques, une expression du journaliste François Malye dans Le Point, et qui ne sont que du vent, expression lue dans Russia Today France.

Un autre journaliste du Figaro, s’appuyant sur le mince chef-d’œuvre La Mort de Napoléon, Mythes, Légendes et Mystères de MM Lentz et Macé, censé jeter bas et porter le coup de grâce à la « loufoquerie empoisonniste », écrivit ceci :

« Les auteurs ne concluent pas à un assassinat mais plutôt à une intoxication. Par exemple, la liqueur de Fowler qui contient de l’arsenic, et qui était utilisée à l’époque comme remontant » 5.

Un remontant à base de mort-aux rats ! Quelle santé, le déporté de Sainte-Hélène !

Il faut vraiment avoir l’esprit tordu d’un « conspirationiste » pour voir, dans la présence de ce toxique dans (j’insiste sur ce mot, car Thierry Lentz dit toujours : sur) les cheveux de l’Empereur, autre chose que la survivance dans le temps d’une pieuse et charmante coutume.

Thierry Lentz, que certains imaginent en « hussard », invoque les cheveux de la mère de Napoléon, ceux de ses sœurs et de son fils pour accréditer la normalité de la présence du toxique.

Science & Vie rate son coup

Il est exact qu’il était d’usage courant à l’époque de conserver des cheveux dans l’arsenic qui se déposait évidemment en surface et de les offrir en souvenir. Mais il est une donnée que, fidèle à sa stratégie sournoise de négation de la vérité, le « hussard » se garde bien de préciser : pour les débarrasser de toute trace d’arsenic, les cheveux de Napoléon avaient été soigneusement lavés avant analyse, pas avec un shampoing pour bébé, avec une solution chimique utilisée en toxicologie judiciaire.

En 2003, l’exploration en profondeur se déroula dans les locaux du laboratoire de l’Université du Grand-Duché du Luxembourg, sous la direction du professeur Robert Wennig, à l’aide du NanoSIMS 6, une machine dont il n’existe que 50 exemplaires dans le monde (12 à l’époque considérée).

Les résultats d’analyse pulvérisèrent l’hypothèse de la contamination externe par des produits de conservation, avancée par le magazine de vulgarisation scientifique Science & Vie, à la suite des analyses réalisées, pour son compte en 2002, par le laboratoire de la Préfecture de Police.

Le NanoSIMS

Le coup de grâce en juin 2005 !

Devant un parterre de hauts responsables de la Justice, de la Police et de la Gendarmerie réunis dans le laboratoire ChemTox à Illkirch dont c’était l’inauguration, Pascal Kintz révéla la nature du toxique présent dans les cheveux de l’Empereur : de… la mort-aux-rats !

La nouvelle fit grand bruit et se répandit dans le monde entier comme une traînée de poudre : l’homme le plus célèbre de l’Histoire du monde empoisonné sournoisement comme un vulgaire rongeur !

Évidemment, notre « hussard » de la Fondation Napoléon se garda bien de mentionner l’examen qui démontre la présence de l’arsenic minéral au cœur même des cheveux de l’Empereur, c’est-à-dire à l’intérieur de la moelle médullaire, ce qui impliquait, souligna le toxicologue Pascal Kintz « un passage obligatoire par la circulation sanguine, donc par la voie digestive ».

Lire le 4e épisode.


1- La Société Napoléonienne Internationale de Montréal (SNI) est une société éducative à but non lucratif fondée par Ben Weider. Elle est chargée d’étudier l’époque napoléonienne conformément aux normes académiques appropriées, et de réunir les esprits les plus éminents dans ce domaine.

2- Le Souvenir Napoléonien (SN) est une association française d’histoire napoléonienne créée en 1937, et reconnue d’utilité publique par décret ministériel du 5 novembre 1982. Elle travaille étroitement avec la Fondation Napoléon, dont elle reçoit un appui financier. Sources Wikipédia.

3- The Institute on Napoleon and the French Revolution (INFR) est unique dans le monde de l’enseignement supérieur. Faisant partie du département d’histoire du College of Arts and Sciences, Florida State University (FSU), il s’agit du seul programme d’études supérieures aux États-Unis consacré uniquement à l’étude historique de l’époque révolutionnaire et napoléonienne. En savoir plus.

4- C’était avant 2022, car suite à l’opération spéciale du Président Poutine, la chaîne Russia Today France a été bannie en France sur ordre du gouvernement d’Emmanuel Macron.

5- La solution de Fowler ou liqueur de Fowler est un médicament (ou un tonique), découvert en 1786 par Thomas Fowler, et prescrit pour divers troubles pendant plus de 150 ans. C’est une solution à 1% d’arsénite de potassium. Elle est dangereuse du fait de la nature toxique et cancérigène de l’arsenic inorganique. Sources Wikipédia, Stéphane Gibaud et Gérard Jaouen, Arsenic – based drugs : from Fowler’s solution to modern anticancer chemotherapy, Topics in Organometallic Chemistry.

6- Le NanoSIMS (nanoscale secondary ion mass spectrometry) est un instrument d’analyse fabriqué par CAMECA qui fonctionne sur le principe de la spectrométrie de masse des ions secondaires. Il est utilisé pour acquérir des mesures à résolution nanométrique de la composition élémentaire et isotopique d’un échantillon. Sources Wikipédia.


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