C’est en ce soir du bicentenaire de la bataille de Waterloo que je vous présente la première étude de cet exceptionnel manteau de Napoléon 1er. C’est une fierté car les informations que je partage dans cet article sont inédites.
Ce manteau ou cette cape, appelé « Burnous », je l’avais découvert à Londres à l’occasion d’une rare exposition au palais de Buckingham. Il fait partie des collections royales de la couronne d’Angleterre1.
J’étais surprise car je n’avais jamais vu ça. J’étais également émerveillée par sa beauté charismatique et de suite, je pensais aux films Star Wars… En fait, il n’y a aucune lithographie ou huile sur toile représentant Napoléon portant cette cape et aucune mention bibliographique.
Dans cette exposition, il n’y avait aucune description détaillée mis à part la mention « Napoléon’s cloack , Waterloo 1815″, et il n’y avait pas plus d’informations de la part des responsables2.
Cela a donc décuplé ma curiosité. Comment ce manteau a-t-il pu arriver là-bas ?
Voyons voir…
Description
D’inspiration orientale, c’est une longue cape de laine rouge avec un capuchon pointu, appelé aqelmun, orné d’un volumineux pompon de soie appelé helluṭa. Elle est entrouverte devant avec une pièce brodée appelée sder qui relie les deux parties.
Sur le pourtour de l’aqelmun et du buste, on y observe des broderies en forme de trèfles et d’arabesques, ainsi que plusieurs pompons de soie appelés tauskint. Il est orné en son intérieur d’un brocart de soie or parsemé de bouquets de fleurs et d’un appliqué de soie violine.
Un chiffre « N » a été brodé au fil d’argent.
Au soir de Waterloo
Ce manteau nous transporte à la bataille de Waterloo du 18 juin 1815…
Dans une lettre du 20 juin 1815, le feld-maréchal prussien von Blücher3 explique que Napoléon 1er, au soir de cette bataille, était en voiture et fut surpris par l’avant-garde prussienne. Pour l’esquiver, il abandonna sa voiture et s’enfuit à cheval.
Blücher raconte également que le chapeau et l’épée de Napoléon avaient été trouvés à côté de sa voiture. Ces deux objets ont été envoyés immédiatement au prince régent d’Angleterre4, le futur George IV.
Cependant, Blücher garda la voiture ainsi qu’une longue vue et un manteau qui étaient à l’intérieur . Il précise que le manteau est d’ordre étatique avec des broderies magnifiques.
Dans une autre lettre du 25 juin 1815 écrite à son épouse, il considère ce manteau comme splendide.
Quelques semaines plus tard, il le présente au Prince régent d’Angleterre.

Le comte Nostitz
Malgré la rareté des informations de ce burnous, j’ai pu trouver le précieux témoignage du comte Nostitz, l’aide de camp de Blücher…
En 1852, après avoir assisté aux funérailles du duc de Wellington5, il fut accueilli avec quelques invités au château de Windsor. Lorsqu’on lui montra le trône de Tipû Sâhib6, dans l’arsenal du prince Consort, il dit : « Eh bien, voici le trône, mais où est le manteau de Napoléon ? »
Comme personne ne comprenait, il expliqua que Blücher avait envoyé le manteau de Napoléon au Prince Régent et que ce manteau était posé sur le trône du Tipû Sâhib, cela combinait deux trophées symbolisant l’Orient et l’Occident…
Les informations ne venant pas, le manteau semblait avoir été perdu. À son retour dans sa ville de Slough, un messager de Windsor lui apporta un manteau et lui demanda si c’était celui de Napoléon.
Après une rapide inspection, le comte Nostitz dit : « Je suis entièrement satisfait, c’est le manteau mameluck ! Avant de l’envoyer en Angleterre, j’avais fait une marque dans l’un de ses coins. Regardons bien si cette marque y est ».
La marque fut trouvée et le burnous de Napoléon placé sur le trône de Tipû Sâhib…

Examination
Est-ce que ce témoignage est exact ?
J’ai écrit au Département des Arts décoratifs du Palais de Buckingham pour savoir si une marque figurait bien sur le burnous. Et quelques mois plus tard, j’ai pu recevoir une réponse de leur part, et après examen, aucune marque spéciale n’avait été trouvée.
L’absence de certaines sources historiques sur ce sujet et le compte rendu de l’examen soulèvent de nouvelles questions.
De quelle marque parlait-il ? Racontait-il la vérité ? Ce burnous avait-il disparu ? Était-il posé sur le trône de Tipû-Sâhib ? Pourquoi Napoléon 1er avait-il un burnous ? Que pensait-il en faire ? Devons-nous imaginer Napoléon 1er portant ce burnous, après avoir remporté la bataille de Waterloo (ou du Mont Saint-Jean si cela avait été le cas) ?
Le mystère reste entier.
Un remerciement spécial au Département des Arts décoratifs du Palais de Buckingham pour leur aide précieuse.
Nota : Le Carré impérial est le premier organisme à réaliser une étude à propos du burnous de Napoléon 1er.
1- À la publication de cet article, la collection appartient à la Reine Elisabeth II.
2- Aucune description car aucune étude n’avait été faite auparavant d’après le conservateur du Département des Arts décoratifs du palais de Buckingham.
3- Gebhard Leberecht von Blücher, prince de Wahlstatt, né le 16 décembre 1742 à Rostock dans le duché de Mecklembourg-Schwerin et mort le 12 septembre 1819 à Krieblowitz, était un général et feld-maréchal prussien qui commanda l’armée prussienne contre Napoléon 1er pendant la campagne d’Allemagne de 1813, la campagne de France de 1814 et enfin la campagne de Belgique qui s’achève victorieusement à la bataille de Waterloo le 18 juin 1815.
On a nommé en son honneur un croiseur cuirassé, lancé en 1908 et coulé en 1915, lors de la Première Guerre mondiale, ainsi qu’un croiseur lourd, lancé en 1937 et coulé en 1940, lors de la bataille du détroit de Drobak.
4- George IV, né George Augustus Frederick à Londres le 12 août 1762 et mort le 26 juin 1830 au château de Windsor, est roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande et de Hanovre du 29 janvier 1820 jusqu’à sa mort. En raison de la maladie mentale de son père, le roi George III, George est prince-régent de 1811 à son accession au trône.
5- Arthur Wellesley, 1er comte, ensuite marquis, et duc de Wellington, est un aristocrate anglo-irlandais, puis militaire et homme d’État britannique, né le 30 avril 1769 à Dangan Castle (comté de Meath, Irlande) et mort le 14 septembre 1852 à Walmer (Kent). Il est principalement connu en tant que vainqueur de Napoléon 1er à Waterloo avec le maréchal prussien Gebhard Leberecht von Blücher.
6- Tipû Sâhib, également connu sous le nom de Tipû Sultân, né le 20 novembre 1750 à Devanahalli et mort le 4 mai 1799 à Srirangapatna, fut sultan de Mysore à partir de 1782 et l’un des principaux opposants à l’installation du pouvoir britannique en Inde ce qui lui valut le surnom de « Tigre du Mysore ».

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